Interview de Guillaume Faye à Menzo magazine

Interview de Guillaume Faye à Menzo, décembre 2005 [Diffusé par le Comité des amis de G. Faye]. Propos recueillis par Dirk Melkebeke.

Le Français Guillaume Faye n’a pas succombé à sa première publication contestée. En tant que sociologue, il y a déjà longtemps qu’il lance ses avertissements contre les conséquences, extrêmes selon lui, de l’immigration. Cela lui a rapporté avec le temps une interdiction professionnelle de facto et également une condamnation du chef de racisme.
Pendant une période, il a gagné sa vie comme acteur porno. Peu après les attentats du 11 septembre, il a publié sous le titre ‘Avant-Guerre’ un livre dans lequel il démontre de manière circonstanciée que la Troisième Guerre mondiale sera une guerre civile ethnique, dont le front s’étendra depuis l’Europe à travers le Moyen-Orient jusqu’en Asie. En Europe, toujours selon lui, la France et la Belgique en seront le foyer central, mais les Etats-Unis n’y échapperont pas non plus. Les caractéristiques de la guerre prochaine seront le guerilla urbaine, les razzias et les micro-, macro- et giga-terrorismes, jusque et y compris des attaques nucléaires dévastatrices. C’est vers 2010 que cette guerre va véritablement éclater. Si cette démonstration de Guillaume Faye n’a soulevé à l’origine qu’une vague de rires, depuis les attentats de Madrid et de Londres et certainement depuis les émeutes en France, il est devenu un homme fort sollicité par les journaux et les stations de TV et de radio, un homme qui peut même compter sur une attention de la part de milieux gouvernementaux.

Menzo : Croyez-vous sincèrement dans ce scénario ?

GF : J’en suis certain. Aussi certain que celui qui roule en sens inverse sur l’autoroute entrera tôt ou tard en collision frontale. Le moment précis est difficile à prédire, mais cela va finalement se produire certainement. D’ici à dix ans au plus, nous allons être confrontés à ce que nous n’avons encore jamais vu. Et en plus du choc ethnique, nous allons également avoir à subir des chocs économiques de même que des catastrophes écologiques. Pour ne rien dire du choc pétrolier qui se dessine. Pour chaques huit unités de consommation supplémentaires de pétrole, on en trouve une nouvelle. Dans les années cinquante, c’était encore l’inverse. Nous poursuivons sur notre lancée comme si nous disposions de planètes de réserve, Mais ce n’est pas le cas. Tous les gouvernements du monde pensent à court terme et rien n’est aussi néfaste. On dit parfois ‘La Terre est malade. Mais c’est en fait l’homme qui est malade.

Menzo : Après les attentats sur les Twin Towers, on est devenu bien sûr conscient de la vulnérabilité de l’économie globalisée, mais quelle est la solution alternative ?

GF : La globalisation n’est pas une notion née de la dernière décennie. Elle a déjà commencé au seizième siècle. Mais cela n’empêche pas qu’elle va tourner à la catastrophe. La solution alternative, c’est ce que j’appelle l’autarcie économique des grands espaces. Dans de tels espaces, l’Europe par exemple, il doit y avoir une libre circulation des biens, des capitaux et des personnes. Si tous les grands espaces tels que l’Europe, l’Asie, l’Afrique, etc pratiquaient ainsi, il y aurait partout un certain bien-être. Il ne faut pas concéder trop de liberté au commerce. Le fait que du textile soit à présent produit de manière massive en Chine a coûté un nombre important d’emplois dans le secteur textile en France. Pourtant, les vêtements ne sont pas devenus moins chers et les travailleurs du textile chinois n’en sont pas devenus beaucoup mieux. C’est essentiellement le commerce qui en a tiré le profit.

Menzo : Quelle importance voyez-vous à l’économie globale dans vos prédiction ?

GF : Au moins autant qu’à l’impossibilité dans laquelle nous nous trouvons d’intégrer de manière correcte de grands groupes de nouveaux venus. Le Général De Gaulle disait : « Pour faire un kir, il faut du vin blanc et du sirop de cassis. Lorsqu’on ajoute trop de cassis, ce n’est plus du kir. » Ce qu’il voulait dire, c’est qu’on ne peut intégrer que des groupes limités. Pour le moment, en Seine-Saint-Denis et dans d’autres lieux d’Île-de-France, mais également à Roubaix et dans beaucoup d’autres villes françaises, des groupes de population non français constituent la majorité. On ne peut pas intégrer des groupes majoritaires. Vu sur un plan économique, sur cent immigrants qui pénètrent en Europe, on ne peut compter que cinq travailleurs et les autres forment sa suite. Par contre, un jeune diplômé français sur deux souhaite immigrer et il n’en sera pas autrement en Belgique. Cette évolution va aboutir à l’effondrement de l’Etat-Providence, ce qui va contribuer à faire éclater le conflit. Les émeutes auxquelles nous sommes confrontés à présent ne sont que le prélude d’une véritable catastrophe qui, selon mon sentiment, devrait éclater vers 2010. La fondation canadienne Wright, à Vancouver, a prévu dans la fourchette 2007-2010 la date à laquelle les conflits ethniques vont prendre la forme d’une guerre civile. On s’est basé pour cela sur diverses statistiques, telles que l’augmentation de la violence et des conflits dans les banlieues, mais également sur la découverte d’arsenaux d’armes. La concentration massive de l’Islam n’est qu’un problème, énorme, qui vient s’y superposer.

Menzo : Pourtant, les émeutes n’avaient pas de teinte religieuse. Les raisons les plus invoquées étaient le retard social et la discrimination.

GF : On va toujours chercher des raisons socio-économiques. Ce n’est pas seulement que ce soit une manière marxiste de réfléchir, c’est une manière inexacte. Les immigrants d’aujourd’hui reçoivent un large soutien. J’oserais même affirmer qu’un immigrant clandestin est aujourd’hui mieux protégé médicalement qu’un autochtone. Les Portugais et les Espagnols qui sont venus en France dans les années trente et quarante n’ont pas été aidés, à aucun point de vue. Ils n’ont pourtant jamais causé d’émeutes. Les immigrés n’ont jamais été autant aidés qu’aujourd’hui. Le Professeur Loland, lauréat à l’époque du Prix français d’économie et source des plus fiables sur ce sujet, estime que les coûts directs et indirects de l’immigration voisinent en France les 36 milliards d’euros par an. Cela constitue 80% du déficit de l’Etat français, ou 13,5% des dépenses annuelles de la sécurité sociale, soit 3,3% du trou de la sécurité sociale. Ce n’est pas Le Pen qui le dit, mais un scientifique réputé. Il estime à 100.000 euros le coût de chaque immigré qui franchit notre frontière. Il est donc absurde de prétendre que les allochtones des banlieues sont laissés à leur sort. C’est le contraire qui est vrai. Clichy-sous-Bois, où les émeutes ont commencé, reçoit à lui seul près de la moitié des fonds qui sont destinés à aider les villes en difficulté. J’ai le ferme sentiment que les instigateurs des émeutes attendaient simplement une occasion, qu’ils ont trouvée dans la mort des deux allochtones qui sont allés se cacher dans une cabine à haute tension.

Menzo : Qu’est-ce qui indiquerait que le crime organisé a peut-être une grande part dans les émeutes ? 80% des émeutiers avaient déjà eu affaire avec la justice.

GF : Ce n’est pas comme cela que je vois les choses. Les émeutes n’ont pas été déclenchées par le ‘mot’ de Sarkozy. Il n’y a eu que 8% des émeutiers qui étaient connus de la justice. Un grand nombre était effectivement connu de la police, mais cela vous est vite arrivé. Il faut voir où on se place. S’il s’agit d’un passé judiciaire, la plupart n’en avait pas et c’est précisément préoccupant. Il s’agit, selon moi, bien plus d’une révolte que de criminels qui veulent tenir la police à l’écart de leur quartier. On devrait donc savoir pourquoi ils se sont révoltés.

Menzo : Une autre indication qu’il s’agirait surtout de criminels, c’est que la Fatwa lancée par l’Union des organisations islamiques de France n’a pas eu d’effet. Cela n’indiquerait-il pas une inspiration non-religieuse ?

GF : On oublie à cet égard souvent que l’Islam est en fait une religion hypocrite par principe. Il est dit dans le Coran qu’on peut mentir à certaines conditions, par exemple lorsqu’on se trouve dans une position de faiblesse, ou lorsque cela peut aider les affaires de l’Islam. Je crois qu’on ne peut pas exclure qu’à l’égard du monde extérieur il affecte de prendre ses distances avec les émeutiers, mais qu’il les encourage au plan interne. C’est d’ailleurs ce que Dominique de Villepin a dit. Il ne s’agit bien sûr pas ici de tous les imams, ou de l’Islam dans son ensemble, mais de ceux qui sont en campagne de conquête, le Dar-al-Harb. Il y a trois stades dans l’Islam : le Dar-Al-Suhl dans les territoires qui ne sont pas encore conquis, le Dahr-Al-Harb qui est le stade de la conquête et le Dahr-Al-Islam qui est le stade où les non-croyants sont soumis. En Egypte, on publie chaque année un dictionnaire islamique. Dans l’édition de cette année, la France, la Belgique et le Royaume-Unis sont désignés comme des territoires au stade du Dar-Al-Harb. C’est la situation de conquête dans laquelle nous nous trouvons. Il ne faut pas négliger le fait que, au cours des émeutes, deux églises ont été détruites par le feu. Dalil Boubakeur (l’imam de la grande Mosquée de Paris) a condamné le fait, mais il n’a pas excommunié les auteurs. C’est la première fois que des bâtiments publics sont incendiés : bureaux de police, écoles, etc. On a pris la chose légèrement, mais elle est lourde de signification. C’est également pour la première fois qu’il y a des morts, notamment quatre. La télévision française n’a pas montré d’images, mais on a pu voir sur BBC World que des blocs à appartement habités ont été incendiés.

Menzo : Quelles causes y voyez-vous ?

GF : Une des causes est incontestablement l’immigration débridée et incontrôlée que nous avons permise. Au Canada, par exemple, on sélectionne les immigrants. Ils doivent soit exercer une profession-clé, soit être fortunés et investir dans l’économie locale. Nous, au contraire, nous ramassons de grands groupes de personnes de zones rurales qui ont des habitudes de vie totalement différentes, qui ne sont en aucune manière préparés à ce qui les attend ici et qui n’ont pas la moindre formation. Comment pourrait-on attendre que cela tourne rond ? Même avec la quantité gigantesque de moyens et d’hommes que l’Etat investit sous la forme d’allocation, de soins médicaux, d’enseignement, de programmes spéciaux et que sais-je encore. Le Japon est à peu près aussi riche que nous, mais il compte extraordinairement peu d’immigrés. Ils ne peuvent pas compter sur la moindre intervention. En France, par contre, le nombre des jeunes d’origine allochtone aura doublé d’ici à dix ans. L’intégration ne fonctionne pas. La classe politique ne veut pas se rendre compte que cela débouche sur une catastrophe. Les politiciens se préoccupent de leur carrière et son en moyenne plutôt âgés. Qu’importe à Chirac ce qui se passera dans dix ans ? Il sera probablement mort. Par ailleurs, ils considèrent la population comme une sorte d’électorat qu’ils pensent pouvoir remplacer. Mais les gens ne sont pas remplaçables. Ils appartiennent à une culture bien définie et à la mentalité qui y est attachée. Un Brésilien n’est pas un Russe. Seuls les politiciens semblent ne pas le savoir. Un autre aspect des émeutes, c’est que, pour la première fois, y a été impliqué un groupe considérable d’Africains sub-sahariens. Ces groupes vont dans l’avenir nous causer encore de grands problèmes.

Menzo : Pourquoi ?

GF : Parce que, à la différence de la population maghrébine, ils sont complètement désocialisés. La population maghrébine à une structure familiale, avec un père et une mère. Dans les pays d’origine sub-saharienne, une telle structure n’existe pas. Les mères peuvent avoir des enfants de pères différents et les enfants sont élevés par l’ensemble du village. Lorsque de telles structures familiales sont exportées vers une ville comme Paris, cela entraîne inévitablement des difficultés. Paris n’est pas un village et ces enfants ne sont dès lors pas élevés du tout. Ils échouent dans la criminalité et sont très fréquemment ramassés par la police, laquelle ne sait à qui les adresser. Ils ne savent pas qui est leur père et personne n’est responsable d’eux. Ils constituent une bombe à retardement sociale, car leur comportement se transmet aux générations suivantes. Ce ne sont pas des choses qui s’arrangent d’elles-mêmes.

Menzo : Vous affirmez que, de 1989 à 1998, la criminalité des mineurs a augmenté de 176% et que, de 1994 à 1998, le nombre des condamnations a triplé pour atteindre le chiffre de 45.000. Vous n’imputez pas cette criminalité croissante au chômage ou au laxisme des parents. Quelle en est d’après vous la cause ?

GF : Il y a deux causes qui font que la criminalité est en forte augmentation. La première est l’hétérogénéité sociale. Tous les pays avec une population hétérogène ont des problèmes de criminalité. Les deux pays qui ont la criminalité la plus basse au monde sont d’ailleurs des pays avec des groupes de population les plus homogènes qui soient : le Japon et le Costa Rica. Aristote disait déjà qu’une société ne peut être démocratique et harmonieuse que si elle est homogène. A défaut, elle devient une tyrannie. La deuxième cause de la criminalité est le laxisme de l’appareil qui doit maintenir l’ordre : la police et la justice. En Tunisie, il y a un chômage énorme, mais la criminalité y est particulièrement faible, parce que la police et la justice interviennent avec fermeté. En Arabie Saoudite, vous pouvez abandonner vos clés de voiture et même votre portefeuille sur le toit de votre voiture, car celui à qui l’idée viendrait de vous voler votre portefeuille et votre voiture risque d’y laisser sa main. Chez nous, au contraire, les allochtones font l’expérience d’un état qui, depuis 1968, rejette toute forme de répression.

Menzo : Vous écrivez également que la criminalité est une source de financement pour la guerre ethnique qui s’annonce. Vous n’allez quand même pas jusqu’à penser qu’il y aurait un véritable plan à cet égard ?

GF : Ce n’est pas seulement un plan, c’est déjà une réalité. C’est ce que disent des officiers de police qui rapportent que le produit de certaines bandes criminelles est utilisé pour financer le combat en Irak. Ce n’est pas l’ensemble du milieu du crime qui y est impliqué, mais cela existe. On laisse aller pour racheter ce qu’on appelle la paix sociale. Selon les estimations, trois tonnes de cannabis parviennent chaque mois dans les banlieues autour de Paris. Une autre branche est le commerce des voitures volées et une troisième, importante, est le trafic dans l’électronique. Mais la prostitution est également une source régulière de revenus, de même que le commerce des armes. Lorsqu’on découvre un arsenal, il ne s’agit pas seulement d’armes de guerre, mais également d’armes de chasse, car l’arme de chasse est idéale pour la guerilla urbaine.

Menzo : Dans votre livre, vous mettez l’Islam sur le même pied que toutes les idéologies qui veulent régner sur le monde : le communisme, les Etats-Unis et même le libéralisme globalitaire souffriraient tous du même mal. Ils veulent tous régner sur le monde au nom du souverain bien. Mais l’histoire n’est-elle pas un enchaînement de systèmes et d’idéologies qui prétendent à la domination sur le monde ?

GF : Pas du tout et regardez d’ailleurs le judaïsme, qui est une religion ethnique et n’a absolument pas l’intention de convertir le monde. Le bouddhisme et le Shintoïsme n’ont pas non plus l’intention de dominer le monde. L’Islam l’a, comme le catholicisme, le communisme, la pensée néo-libérale. Mais l’Islam est le plus agressif de tous. Il n’est pas simplement une religion, mais également une doctrine politique. Et cette doctrine est impérialiste. Il a déjà au cours de l’histoire mené deux offensives pour conquérir l’Europe. Une première fois, il a été arrêté à Poitiers par Charles Martel avec ce qui a marqué le début de la reconquista et, une seconde fois, au XVIIe siècle, sous les murs de Vienne. Le réveil a commencé en Egypte, dans les années vingt du siècle dernier. Je suis persuadé que nombre de leaders islamiques entrevoient pour le moment la chance de tenter la troisième offensive, la plus dangereuse de toutes. Le Président Boumédienne (président de l’Algérie dans les années septante) était clair lorsqu’il menaçait : « Nous vous terrasserons par le ventre de nos femmes. »

Menzo : Les immigrés de la première génération n’entraient absolument pas en conflit avec nous. La troisième génération semble moins intégrée que jamais. Est-ce le conflit palestinien qui sert de catalyseur d’un comportement anti-occidental généralisé ? Le problème ne se situe-t-il pas là et y a-t-il une solution ?

GF : C’est certainement un des moteurs, mais ce n’est pas le seul. Même en dehors du conflit palestinien, on observe la haine de l’Occidental. Elle provient pour partie de la haine qu’a développée la colonisation. Mais la confrontation à l’Occident éveille également la jalousie : les Arabes sont en général fiers, alors qu’ils doivent bien se rendre compte que le monde arabe ne parvient pas, par exemple, à former des ingénieurs. Cela contribue également à générer un état d’esprit dans lequel on hait l’Occident de manière générale. Bien sûr, le conflit palestinien agit comme un catalyseur mais, même s’il devait se trouver résolu demain, on aurait toujours le même problème. Il y a aussi le fait que l’Europe est méprisée parce qu’elle est dévirilisée et faible. On nous goûte du fait de notre permissivité très poussée, mais elle fait de nous des victimes faciles. Les musulmans se trouvent face à une société qui rétrograde moralement. Un philosophe citait récemment une prédiction hindouiste qui remonte à l’Âge du fer et qui a été reprise dans le manuscrit du Khaliyuga : il y est prophétisé qu’un temps vient où ‘les hommes épouseront des hommes et les femmes des femmes, les rois deviendront voleurs et les voleurs des rois et où on tuera les enfants dans le ventre de leur mère’. Et bien, nous n’en sommes pas loin.

Menzo : Dans votre livre, vous mettez sur le même pied la situation en Belgique et en France. Pourtant la Belgique ne connaît pas ou peu les architectures de banlieues inspirées par la modernité. Nos immigrés se retrouvent le plus souvent dans des quartiers urbains du 19e siècle, dont la structure est encore intacte et il n’y a chez nous pratiquement pas de véritables ‘no-go areas’. Où se situe, selon vous, la menace pour la Belgique ?

GF : Vous avez parfaitement raison pour ce qui est de l’urbanisme. Les banlieues françaises sont uniques au monde. Elles ont été construites pour accueillir les français rapatriés d’Algérie. Sur une semaine, la France a évacué après la guerre d’Algérie un million de Français. Il faut savoir que ces villes modernistes ne sont pas désagréables à vivre, lorsqu’on a de l’argent. Il y a également de ces villes nouvelles qui ne sont pas habitées en majorité par des allochtones, mais par des bourgeois bien établis, Paris Deux près de Versailles, par exemple. Différente de tout cela, il y a Bruxelles, qui est un symbole en tant que capitale de l’Europe et siège de l’OTAN, mais qui compte dans le même temps des groupes imposants de populations allochtones. Cela n’est pas sans importance.

Menzo : Les émeutes n’ont quand même pas gagné Bruxelles.

GF : Selon mon sentiment, ce n’est qu’une question de temps. Sous peu, on va assister à des razzias dans le centre des grandes villes. Il est bien possible que, avec Noël, les Champs Elysées soient en flammes. Et si Bruxelles est peut-être un peu mieux placée, je ne parviens pas à reprendre quoi que ce soit à mes prévisions.

Menzo : Aux USA et en Angleterre, il y a régulièrement des émeutes, mais il s’agit plutôt de bandes raciales qui en viennent aux mains (Brixton 1981, Birmingham 2005). En France, les émeutes ont été plus orientées contre la république elle-même. On a tiré sur des policiers et des pompiers ont été attaqués. Comment en est-on venu là ?

GF : Aux Etats-Unis, on va connaître de plus en plus de problèmes entre, par exemple, les Noirs et les Latinos. Mais, en France, les allochtones se retournent contre le pays lui-même. Il y a là également une conséquence des musiques de rap subversives, qui font directement appels aux violences contre la France et qui peuvent s’acheter librement partout. Vous les trouverez à la Fnac du coin et elles sont retransmises à la radio. On aurait tort d’en sous-estimer l’effet. Ces gens sont contre la France parce que la France les aide : c’est quelque chose qui est propre à la mentalité maghrébine et islamique. C’est un sentiment très particulier, mais on doit en tenir compte. On hait celui par lequel on est aidé, car quand on l’aide, on l’humilie dans son esprit. Plus on les cajole et plus la réaction est vive. Par ailleurs, on ne nourrit pas de sentiments d’empathie pour la faiblesse. Se précipiter avec encore plus d’aide et d’argent après les émeutes n’a pas été intelligent de la part du ministre de Villepin.

Menzo : Une définition du terrorisme, c’est qu’il attaque des objectifs civils. C’est précisément ce que les alliés ont fait pendant la deuxième guerre mondiale (Dresde, Hiroshima, etc) et ce que les Etats-Unis font dans leur lutte contre le terrorisme. Avec un peu de malveillance, on en viendrait à pouvoir dire que les actions terroristes islamiques contre les USA et leurs alliés sont un moyen de résistance tout aussi ‘légal’. Et c’est ce qu’on entend.

GF : Les Conventions de Genève permettent parfaitement, par exemple, de condamner Churchill comme criminel de guerre pour avoir fait bombarder des objectifs civils. Mais la question qui se pose est bien entendu de savoir si les attentats terroristes d’aujourd’hui résultent bien de cette sorte de choses -les dommages collatéraux en Irak par exemple. Pour une part peut-être, mais pas pour le tout. Le terrorisme n’est pas quelque chose de nouveau. Mettre le feu et semer le trouble, ébranler l’économie et agiter la population ont de tout temps été une manière de mener la guerre, parallèlement à la confrontation directe sur le champ de bataille. C’est même la manière de faire la guerre que l’Islam préfère. Voyez ce qui se passe en Irak. On évite la confrontation directe, mais on commet d’incessants attentats.

Menzo : Vous prévoyez, à côté des razzias et de la guerilla urbaine, une gradation d’attentats : micro-, macro- et gigaterrorisme jusque, et y compris, la description d’un quatrième attentat sur les Etats-Unis avec des bombes nucléaires dans des avions cargos. Considérez-vous que ce soit réellement possible ?

GF : Naturellement. Le scénario que je décris ne sera pas loin de la réalité de la préparation d’un attentat. Si on y met assez de temps, la chose est parfaitement possible. Nous verrons encore des 11 septembre, avec des suites cent fois pires que celles de 2001. Il pourrait y avoir des attaques chimiques, ce n’est qu’une question de temps.

Menzo : Vous reprochez aux services d’ordre un manque d’imagination et de vigueur. Ils ne réfléchissent pas suffisamment, dites-vous, et ne se transportent pas assez dans le mode de pensée des fondamentalistes. Pourtant, il y a eu et il y a encore presque chaque mois des attentats qui sont déjoués et des coups de filet qui sont réussis. Le péril est-il vraiment aussi grand que vous le prétendez ?

GF : Il faut faire une distinction entre le maintien de l’ordre et les services de renseignement. Les services de renseignement occidentaux font du bon travail. Ils réussissent à débusquer des cellules et des groupes terroristes. Malgré tout, ce n’est pas non plus un jeu d’enfant de préparer un attentat. Il y a nécessairement un tas de gens qui sont impliqués ou qui sont au courant. On doit arriver à amener en place les moyens et les personnes et tout cela a vite fait de générer des bruits. C’est de cette manière que, par exemple, un attentat contre la cathédrale de Strasbourg a été déjoué. Par ailleurs, des fautes sont commises par les terroristes. C’est ainsi que, pour le 11 septembre, une dame qui travaillait dans une école privée de pilotage avait remarqué que quelqu’un s’entraînait sur les simulateurs exclusivement pour le vol, et pas du tout pour décoller ni atterrir. Cette information n’a pas été relevée. Par ailleurs, que presque chaque mois des attentats soient déjoués donne à penser. De même que le nombre sans cesse croissant des candidats. Croyez-moi : l’impensable va devenir pensable. Ce que Bagdad vit tous les jours, nous allons le connaître.