Pour en finir avec la civilisation occidentale

Guillaume Faye, [Eléments, n° 34, avril-mai 1980]

“Cette Europe qui, dans un incalculable aveuglement, se trouve toujours sur le point de se poignarder elle-même, écrit Martin Heidegger dans son Introduction à la métaphysique, est prise aujourd’hui dans un étau entre la Russie d’une part et l’Amérique de l’autre. La Russie et l’Amérique sont, toutes deux, au point de vue métaphysique la même chose : la même frénésie de l’organisation sans racine de l’homme normalisé. Lorsque le dernier petit coin du globe terrestre est devenu exploitable économiquement (…) et que le temps comme provenance a disparu de l’être-là de tous les peuples, alors la question : “Pour quel but ? Où allons nous ? et quoi ensuite ?” est toujours présente et, à la façon d’un spectre, traverse toute cette sorcellerie”.

Dans les campagnes françaises, on ne danse plus la gigue ou la sardane les jours de fête. Le juke-box et le flipper ont colonisé les derniers refuges de la culture populaire. Dans un collège allemand, un garçon de dix-huit ans achève de crever d’overdose, recroquevillé au fond d’une pissotière. Dans la banlieue de Lille, trente Maliens vivent entassés dans une cave. A Bangkok ou a Honolulu, vous pouvez, pour cinq dollars, vous envoyer une fillette de quinze ans. “Ce n’est pas de la prostitution puisque toute la population le pratique”, précise une brochure touristique américaine. Dans le banlieue de Mexico, une firme américaine de production de skate board licencie une centaine d’ouvrières. Houston estime qu’il est plus rentable de s’installer à Bogota…

Tel est le visage hideux de la civilisation qui, avec une logique implacable, s’impose à tous les continents, arasant les cultures sous un même mode de vie planétaire et digérant les contestations socio-politiques des peuples qui lui sont soumis dans les mêmes habitudes de mœurs (standard habits). A quoi sert, en effet, de crier US go home si on porte des jeans ? Pour Konrad Lorenz, cette civilisation a trouvé pire que l’asservissement ou l’oppression : elle a inventé la “domestication physiologique”. Et plus efficacement que le marxisme soviétique, elle réalise une expérience sociale de fin de l’histoire. Avec pour objectif d’assurer partout le triomphe du type bourgeois, au terme d’une dynamique homogénéisante et d’un processus d’involution culturelle.

Cette civilisation dans laquelle les peuples d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine sont aujourd’hui englués, il nous faut bien la désigner par son nom : c’est la civilisation occidentale.

La civilisation occidentale n’est pas la civilisation européenne. Elle est le fruit monstrueux de la culture européenne, à laquelle elle a emprunté son dynamisme et son esprit d’entreprise, mais à laquelle elle s’oppose fondamentalement, et des idéologies égalitaires issues du monothéisme judéo-chrétien. Elle s’accomplit dans l’Amérique qui, au lendemain de la seconde guerre mondiale, lui a donné son impulsion décisive. La composante monothéiste de la civilisation occidentale est d’ailleurs clairement reconnaissable à son projet, identique en substance à celui de la société soviétique : imposer une civilisation universelle fondée sur la domination de l’économie comme classe-de-vie et dépolitiser les peuples au profit d’une “gestion” mondiale.

Il convient dès lors de distinguer la civilisation occidentale du système occidental, celui-ci désignant la puissance qui entraîne l’expansion de celle-là. Le système occidental ne peut en outre être décrit sous les traits d’un pouvoir homogène et constitué en tant que tel. Il s’organise en un réseau mondial de microdécisions, cohérent mais inorganique, ce qui le rend relativement insaisissable et, partant, d’autant plus redoutable. Il regroupe notamment les milieux d’affaires de l’OCDE, les états-majors d’une centaine de firmes transnationales, un fort pourcentage du personnel politique des nations “occidentales”, les sphères dirigeantes des “élites” conservatrices des pays pauvres, une partie des cadres des institutions internationales, et la plupart des rouges supérieurs des institutions bancaires du monde “développé”.

Le système occidental tient son épicentre aux Etats-Unis. Il n’est pas d’essence politique ou étatique, mais procède par mobilisation de l’économie. Négligeant les Etats, les frontières, les religions, sa “théorie de la praxis” repose moins dur la diffusion d’un corpus idéologique ou sur la contrainte que sur une modification radicale des comportements culturels, orientés vers le modèle américain.

Mais qui pense “Occident” pense aussitôt “Tiers-Monde”. On dit que c’est Alfred Sauvy qui a créé ce terme, peu après la conférence des pays non-alignés à Bandoeng, en 1955. Mais le Tiers-Monde existe-t-il ?

Le léninisme soviétique a en réalité conçu le concept de Tiers-Monde bien avant que le terme n’existât. Dans L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916) Lénine fonde la doctrine qui inspire plus que jamais la politique étrangère de l’Union soviétique : utiliser les pays pauvres comme masse de manœuvre contre le capitalisme mondial, les rendre objets de l’histoire de la révolution. Identique en cela au libéralisme occidental, l’idéologie léniniste subordonne l’indépendance des peuples à son projet universaliste. Le léninisme, qui est un occidentalisme en creux, n’envisage pas l’altérité nationale et ne conçoit le nationalisme des peuples non-européens que comme un instrument provisoire au service du même projet que celui de l’occidentalisme : une civilisation mondiale homogène et fondée sur l’économie.

Karl Marx lui-même annonce du reste cette parenté entre le léninisme et le libéralisme occidental. Dans The British Rule in India et dans The Future Results of British Rule in India (1853), il se félicite de ce que “la domination britannique ait complètement démoli le cadre de la société indienne” et que “cette partie du monde, jusque là restée inférieure, soit désormais annexée au monde occidental”. Car il n’est de pire obstacle pour le “socialisme”, que les sociétés traditionnelles. Georges Marchais n’a-t-il pas dit que c’était pour abolir le droit de cuissage que l’armée soviétique avait envahi l’Afghanistan ?

Le Tiers-Monde engloberait-il alors tous les peuples qui, renonçant à leur identité culturelle propre, porteraient leur candidature à l’occidentalisation, comme les prolétaires à l’embourgeoisement ? Au besoin en nourrissant un ressentiment contre leur modèle ? La force du système occidental, objectivement complice en cela du projet léniniste, c’est de savoir que le désir d’assimilation l’emporte toujours sur le ressentiment : le Tiers-Monde ne le menace pas.

Pour le Vénézuélien Carlos Rangel, “l’essence du tiers-mondisme n’est ni la pauvreté ni le sous-développement”, mais “un mécontentement qui n’empêche ni un mode de vie à l’occidentale, ni même une richesse tapageuse” (“Pourquoi l’Occident est en train de perdre le Tiers-Monde”, in Politique internationale, printemps 1979). Pour Carlos Rangel, “appartiennent au Tiers-Monde les peuples qui, quoique très dissemblables, partagent le même sentiment profond d’aliénation et d’antagonisme envers les pays non-communistes ayant réussi, et qui se trouvent par rapport à derniers dans une position analogue à celle de populations de couleur dans une société où le pouvoir est entre les mains des Blancs”.

Ces peuples, poursuit Carlos Rangel, ne se sentent pas “membres fondateurs du club qui s’appelle civilisation occidentale”. Même le Japon ou l’Espagne, et à la limite la France, “ne seront jamais aussi intégrés dans la société capitaliste occidentale que la Nouvelle-Zélande qui appartient culturellement à la source où le capitalisme a puisé son impulsion”, à savoir “l’hégémonie anglo-saxonne instaurée par l’Angleterre et dont les Etats-Unis ont pris le relais”. Carlos Rangel ajoute : “Le moindre défaut d’identification à la source première des idées et au siège actuel du pouvoir est inexorablement cause d’anxiété et d’insatisfaction nationales”.

L’appartenance au Tiers-Monde ou à la civilisation occidentale demeure donc un fait culturel.

C’est la planète entière qui vit donc un complexe d’identification. Comme l’égalité toujours proclamée et jamais atteinte, le modèle occidental recèle une logique de l’aliénation. La civilisation occidentale se présente explicitement comme un ensemble purement économique dont le principal critère d’appartenance serait le niveau de vie, mais implicitement, cette civilisation se donne une structure hiérarchisée à deux niveaux culturels : les membres du “club” et les “autres”, qui ne seront jamais que des demi-occidentaux et qui n’entreront jamais dans le “club”. Pourquoi ? Parce qu’ils n’appartiennent pas au monde anglo-américain, qui se pense lui-même comme l’épicentre de l’Occident.

Aussi la civilisation occidentale, du fait de sa dominante anglo-américaine, rejette elle-même toute identification à la culture européenne, notamment en raison des composantes latines, germaniques, celtiques ou slaves de cette dernière. Mais cette dichotomie peut être poussée plus loin encore : dans la mesure où la civilisation occidentale exprime pleinement le projet américain et où l’Amérique s’est construite sur un refus de l’Europe, l’essence de la civilisation occidentale, c’est la rupture avec la culture européenne, dont elle se venge d’ailleurs en la digérant par ethnocide culturel et par neutralisation politique.

Le néo-colonialisme occidental, tel qu’il se manifeste dans toutes les parties du monde, de l’Irlande à l’Indonésie, s’appuie essentiellement sur l’idéologie libérale américaine, laquelle s’est imposée aux organisations internationales. On n’en finirait pas de citer les peuples dont les formes propres de souveraineté ont été détruites au profit d’une “démocratie” destinée à intégrer ces peuples à l’ordre économique occidental et marchand. Le néo-colonialisme a institué la pire des dépendances et assassiné la première de libertés, celle qui consiste, pour un peuple, à se gouverner selon sa propre conception du monde. Et ce sont les bourgeoisies locales, formées par l’Occident, qui se font l’instrument de cette dépossession politico-culturelle (1)

C’est sur l’idée même de développement économique du Tiers-Monde qu’il convient enfin de porter le soupçon. Cette notion présuppose en effet que les peuples du Tiers-Monde doivent nécessairement suivre le chemin de l’industrialisation occidentale. Or cela concorde singulièrement avec le souhait libéral de division internationale du travail et de spécialisation économique des zones, indispensable au capitalisme moderne de libre-échange planétaire. Et qui, sous des camouflages doctrinaux et humanitaires (le “droit au développement”) prône ainsi l’industrialisation du Tiers-Monde ? Ceux qui défendent les intérêts d’un système économique auquel un commerce industriel mondial en croissance est aussi nécessaire que l’eau de mer tiède pour les bancs de maquereaux (2).

A plusieurs reprises, François Perroux a montré que le “niveau de vie global” des pays “en voie de développement” que l’on considère comme étant déjà presque développés, était moins élevé que celui qui était atteint dans les sociétés traditionnelles. Inversement, les pays les plus pauvres ou les zones les moins industrialisées connaissent un “niveau de vie” réel supérieur à ce que les chiffres de l’OCDE peuvent laisser croire (3). Et jusqu’à présent, les Etats-Unis ont été les seuls véritables bénéficiaires de l’industrialisation de l’Asie, de l’Afrique ou de l’Amérique du Sud.

Mais il ne faut pas se leurrer, l’industrialisation de la planète est irréversible. La part de consommation de l’Asie ou de l’Amérique latine ne cesse de croître. En revanche, c’est la forme de cette industrialisation, libre-échangiste et soumise au modèle de développement occidental, qui doit être critiquée. Dans la mesure où toutes les structures industrielles se ressemblent, les modes de consommation s’uniformisent et s’américanisent. En outre, si cette forme d’industrialisation est un facteur de “développement” pour certains pays, elle est la cause de déséquilibres graves et de sous-développements pour beaucoup d’autres : “Les quatre cinquièmes des exportations industrielles des pays neufs, écrit Jean Lemperière, proviennent de neuf pays : les quatre pays ateliers d’Extrême-Orient, l’Inde, les trois grands pays d’Amérique latine et Israël” (Le Monde, 22 janvier 1980).

Enfin, une économie industrielle mondialisée s’avèrera d’une extrême fragilité face aux crises par le réseau de dépendances qu’elle tisse entre les nations.

En regard, les idéologies “ethno-nationales” peuvent parfaitement aider certains peuples à se libérer du néo-colonialisme occidental. Ces idéologies sont apparues en Europe dès le début du XIV° siècle (4) et s’opposaient déjà à un universalisme redoutable, celui du pouvoir ecclésiastique. Elles appelaient à la constitution d’un Etat laïc coïncidant avec la nation et se référaient au mythe mobilisateur de l’imperium romain antique. Reprises par Fichte et Herder au XVIII° siècle, les idées ethno-nationales aboutirent à une contestation radicale des idéologies universalistes et individualistes, et elles jouèrent un rôle important dans les mouvements de libération nationale, au XIX° et au XX° siècles.

C’est du reste grâce à l’idéologie nationaliste que les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique ont pu se mobiliser contre le colonialisme. Aujourd’hui, c’est encore l’ethno-nationalisme qui, seul, pourra briser le carcan du néo-colonialisme occidental (ou soviétique). “Il y a eu adaptation, écrit Marcel Rouvier, du modèle idéologique européen ethno-national parce qu’il correspondait aux exigences de la situation du Tiers-Monde au XX° siècle”, et le succès de cette idéologie est prévisible “avec le déclin de l’universalisme marxiste qui était resté son seul concurrent sérieux”. Pour Rouvier, le thème majeur du combat ethno-national est “le développement des idées de quête essentielle de l’identité comme ressort principal de l’histoire, de permanence d’un fondement qui est la transmutation du Volksgeist romantique, de légitimité profonde d’un nationalitarisme sain”.

Au Mexique, pays mis en coupe réglée par les Etats-Unis, c’est ainsi que l’on assiste à l’édification, par l’Etat et par le peuple, d’un nationalisme original, fondé sur la régénération d’une conscience historique qui retrouve ses fondements spécifiques dans les cultures indiennes. Un peuple nouveau se crée ainsi, libéré de l’histoire “occidentale” et pensant son destin à partir d’une re-création de son passé. Belle leçon pour nous, Européens, qui, au-delà de cet “occident chrétien” dans lequel nous ne pouvons plus nous reconnaître, devons aussi repenser notre destin en retrouvant les fondements spécifiques de notre culture, en édifiant un mythe indo-européen.

En Afrique, l’adaptation de l’idéologie ethno-nationale a également réussi, mais sous une forme moins politique et historique que tribale et communautaire : “La valeur de la culture africaine n’est pas liée à certains fantasmes ou à des complexes refoulés devant les canons de la beauté grecque”, dit, non sans malice, le cinéaste sénégalais Sembène Ousmane (Jeune Afrique, 19 septembre 1979). La recherche de l’authenticité, le choix des patronymes et le retour aux coutumes patriarcales traditionnelles, combattues par le christianisme et les Nations Unies, ne peuvent faire sourire que les imbéciles et les salauds.

Quant au nationalisme islamique, il constitue le plus heureux camouflet jamais infligé à l’utopie civilisatrice du modèle américain. Il remet en cause l’idée occidentale de croissance marchande et de primat du développement économique, tout en rejetant le marxisme, justement considéré comme facteur de déculturation et, accessoirement, comme instrument du néo-colonialisme soviétique.

C’est également grâce à l’éveil d’une conscience nationale que la Chine a pu atténuer l’effet massificateur du marxisme, et opérer ainsi un syncrétisme probablement positif entre les idées venues de l’Ouest et la poursuite de son destin de peuple-continent. Elle a su adapter ses structures culturelles ancestrales de souveraineté et constituer, “en comptant sur ses propres forces”, une puissance historique indépendante du magma occidental comme du bloc soviétique. Ce n’est pas sans bonnes raisons que la Chine ressent le besoin de ne plus mener seule le rôle d’acteur de l’histoire, face aux deux grands universalismes, l’Occident américain et le “soviétisme” russe. Dans ce jeu à trois où elle ne peut s’allier qu’à son contraire – hier l’Union soviétique, aujourd’hui les Etats-Unis – elle a besoin que lui vienne un acteur-partenaire. C’est pourquoi, elle en appelle à l’Europe, l’incitant à sortir de sa léthargie, à rentrer dans l’histoire, à reconquérir sa liberté.

Comme la Chine s’est libérée de “soviétisme”, l’Europe doit en effet se libérer de l’Occident et se réapproprier les idéologies ethno-nationales qu’elle a suscitée.

Se libérer de la civilisation occidentale, c’est commencer par douter de l’idée de solidarité du bloc occidental imposée à l’Afrique comme à l’Europe ou au Japon. Car il faut bien distinguer, en géopolitique, les solidarités factuelles et les solidarités réelles, c’est-à-dire à la fois souhaitables et conformes aux intérêts historiques des peuples mis en cause. L’Occident et le bloc soviétique ne constituent que des ensembles de solidarité factuelle. La Pologne ou l’Allemagne fédérale, comme le Chili ou l’Afghanistan, ne sont pas insérés à des ensembles de solidarité réelle.

Or la gauche “tiers-mondiste” et la droite “occidentaliste” renforcent, par les concepts institués par leur vocabulaire idéologique, ce statu quo mondial de blocs de solidarité factuelle. Une nouvelle géopolitique commence par de nouvelles définitions.

L’Occident ou le Tiers-Monde doivent disparaître en tant que concepts géopolitiques. Parlons de l’Europe, des Etats-Unis, de l’Amérique Latine, de l’Union soviétique ou de l’Inde. Il faut repenser le monde en termes d’ensemble organiques de solidarité réelle : des communautés de destin continentales, des groupes de peuples cohérents et “optimalement” homogènes de par leurs traditions, leur géographie, leurs composantes ethno-culturelles.

“La nation, écrit François Perroux, réalité vivante et dynamique, devient l’une des sources d’énergie essentielle pour restructurer la société mondiale et son économie (…). Les terriens se coagulent en nations armées, en empires, en communautés hésitantes et tentent économiquement de former des régions de nations (Bertrand Russel). Ces rassemblements s’en trouvent – ni clos, ce qui est impossible, ni accueillants sans réserve (…). Dans ces associations de nations, il faudra des projets collectifs d’infrastructure, d’investissement, de diffusion des produits et des revenus. C’est dans la mesure où les nations, témoins et défenseurs des peuples, favoriseront cette déconcentration des pouvoirs économiques et cette décentralisation de leurs effets, que s’ébauchera une certaine réciprocité dans le développement qui ne se construit pas spontanément par le jeu des intérêts privés” (Le Monde de l’économie, 9 octobre 1979).

Ces associations de nations sont géopolitiquement possibles, et elles briseraient le cadre économico-stratégique actuel. Chaque grande région planétaire pourrait ainsi voir coïncider dans son espace de vie une relative parenté culturelle, une communauté d’intérêts politiques, une certaine homogénéité ethnique et historique, et des facteurs macro-économiques qui rendent possibles à terme un développement autonome sans recours à la mendicité internationale (5). Un nouveau nomos de la terre, pour reprendre l’expression de Carl Schmitt, pourrait ainsi voir le jour, fondé sur une société de communautés et non plus sur une pseudo communauté de sociétés.

Mais les cultures, dira-t-on, ne pourront plus communiquer entre elles. C’est exactement l’inverse qui est vrai. En communiquant entre elles par le référent commun qu’est la civilisation occidentale, les cultures établissent en réalité une pseudo communication. Ce référent commun aliène en effet la personnalité de celui qui l’utilise. Le signifiant (le langage culturel occidental) se substitue au signifié (la culture locale qui tente de s’expliquer par le langage occidental). Bref, les peuples se connaissent de plus en plus mal, les cultures ne communiquent plus et ne parviennent plus à s’enrichir parce qu’elles utilisent un espéranto infra culturel qui appartient à tout le monde et à personne.

Communiant dans les mêmes mœurs linguistiques, vestimentaires, alimentaires, etc., les hommes ne peuvent plus percevoir les spécificités des autres hommes, quand celles-ci existent encore. Un Italien en Thaïlande va utiliser l’anglais, descendre dans un hôtel international et ne verra des mœurs thaïlandaises qu’un folklore marginalisé. S’il se rend en Afrique, les Africains qu’il côtoiera seront des “costards-trois-pièces-attaché-case”, selon la savoureuse expression du juriste ivoirien Badibanga. Que connaîtra-t-il de l’homme africain ?

A l’inverse, quand Marco Polo vint en Chine, la communication fut réelle et féconde malgré l’absence de référent commun, et l’influence de la culture chinoise notable par la suite en Europe. Les cultures sont incommensurables, elles ne peuvent se comprendre de l’intérieur, mais elles peuvent s’influencer “sur les franges” et tirer profit des contacts, non des mélanges. L’idée d’interpénétration des cultures, ou l’illusion mécaniste d’une somme universelle du “meilleur” des cultures, idée défendue notamment par Léopold Senghor, ne peut aboutir qu’à l’appauvrissement de toutes les cultures, qu’au renforcement du langage infra culturel occidental. Langage aliénant parce qu’il ne repose sur le support anthropologique d’aucun peuple, et qu’à ce titre, il ne véhicule aucun sens.

Pour Martin Heidegger, le terme d’occidental ne traduit pas l’essence de l’Europe. Il préfère employer ce mot énigmatique, l’hespérial, pour qualifier l’essence de la modernité européenne ou, plus exactement, son possible devenir, sa virtualité. L’avènement de l’hespérial suppose alors, en Europe, la mort de l’Occidental.

1 – Cf. les études réalisées par l’africanologue Hubert Deschamp sur la destruction des formes culturelles de souveraineté africaines par la “démocratie”, notamment les systèmes d’anarchie équilibrée et de chefferies propres à certains peuples américains.
2 – Il est intéressant de noter qu’en dépit des positions théoriques des économistes marxistes, les pays socialistes ont pratiqué vis-à-vis du Tiers-Monde le même mercantilisme économique que les pays capitalistes. La pratique économique extérieure du socialisme est capitaliste et marchande.
3 – Cf. “La faim n’est qu’une conséquence” de Daniel Joussen (Le Monde, 29 décembre 1979).
4 – Vers 1300, Pierre Dubon, légiste de Philippe Le Bel, préconise l’abolition du pouvoir papal et ecclésiastique. Au XIV° siècle, en France et en Italie, des intellectuels envisagent une nation étatique comme cadre politique des peuples européens et exaltent l’idée de puissance nationale. Ces thèmes seront repris par Pétrarque et Machiavel, qui s’inspireront aussi de Marsile de Padoue, théoricien, dès 1342, de l’Etat laïque autonome et de la substitution du nationalisme politique à l’idée théocratique.
5 – Pour certains économistes libéraux, l’aide au pays sous-développés devrait, il est vrai, se limiter à une aide aux firmes investissant dans ces pays. “En faisant bénéficier l’industrie de l’aide au Tiers-Monde, disait un haut fonctionnaire française, on fera finalement bénéficier le Tiers-Monde de l’aide à l’industrie…”

Les trois textes qui suivent était “encadrés” dans l’article principal :

1 – Il n’y a pas de “monde blanc”

Toutes les idéologies dominantes opposent, dans leur discours, le Tiers-Monde et l’Occident. Quelque soient les critères pris en compte, les définitions fonctionnent toutes selon le même principe d’exclusion.

Le christianisme fut ainsi le premier à opposer infidèles et croyants, perpétuant pendant des siècles cette vision manichéenne du monde. Au XVIII° siècle, le bon sauvage a beau connaître une existence paradisiaque, il n’en demeure pas moins un “sauvage” que les philosophes opposent cette fois au civilisé. Inversant cette proposition, le rationalisme distingue à son tour les peuple occidentaux civilisés des peuples non-civilisés. Dans leur analyse de la croissance économique, les théories libérales ne font, elles aussi, qu’opposer l’Occident développé au Tiers-Monde en voie de développement.

Qu’elles soient de droite ou de gauche, progressistes ou réactionnaires, les idéologies occidentalistes restent soumises à cette logique manichéenne. L’occidentalisme nie l’identité de l’Autre, qu’il perçoit d’abord comme un non-chrétien, non-civilisé ou non-développé… Sans s’imaginer que cet Autre puisse être tout simplement lui-même.

Ce refus de l’altérité relève d’une démarche essentiellement raciste. Implicitement c’est toujours le monde blanc que l’on oppose au monde de couleur.

La notion même d’Occident est en fait le produit d’une idéologie et ne recouvre aucune réalité géopolitique, culturelle et même économique (où classer l’Argentine, pays blanc en voie de sous-développement, ou le Japon, pays de couleur hyper développé ?).

Les mots ne sont pas neutres. Le concept d’Occident piège celui qui l’emploie. Parler d’Occident, c’est à la limite reconnaître son existence et admettre la logique qu’il véhicule. C’est adopter implicitement l’idéologie dont il est le produit.

2 – La décolonisation est à refaire

L’occidentalisation de la planète est-elle, comme on l’affirme généralement, la conséquence historique du colonialisme européen ? Très répandue dans les milieux progressistes, cette thèse n’apparaît que partiellement vraie. Le colonialisme européen, tel qu’il s’est manifesté du XVI° au XX° siècle, doit être, en effet, clairement distingué du néo-colonialisme occidental qui lui a succédé.

Le colonialisme européen traditionnel traduisait une volonté hégémonique et impériale, qui n’impliquait pas nécessairement la destruction des valeurs du colonisé. Mais à partir du XIX° siècle, le colonialisme européen fut également l’expression d’une volonté “civilisatrice” issue de l’universalisme philosophique du siècle des Lumières et d’un égalitarisme qui devait pousser le colonisateur à assimiler le colonisé et à le déposséder de ses valeurs.

En condamnant, au nom d’une morale humaniste et messianique, la volonté hégémonique et impériale des puissances européennes, les Etats-Unis contribuèrent de façon décisive au démantèlement des empires coloniaux. Non pour libérer les peuples colonisés, mais pour substituer à l’ordre colonial traditionnel, d’essence politique, un néo-colonialisme qui n’aurait retenu du colonialisme que la volonté “civilisatrice”. Ainsi, “occidentalisé”, le néo-colonialisme n’a fait que radicaliser les menaces que faisait peser l’ancien colonialisme européen sur l’identité des peuple colonisés.

C’est ainsi que des peuples qui avaient jusqu’alors échappé à l’influence coloniale européenne se trouvèrent irrésistiblement soumis au néo-colonialisme occidental, sans que ces peuples pussent réagir.

Comment, en effet, se révolter contre un réseau d’influence qui englobe les bourgeoisies locales, les multinationales, les milieux d’affaires, etc. ? Quand un maître est visible, on peut le désigner comme ennemi et s’en affranchir, mais le néo-colonialisme soumet les peuples à un “système de vie”, et non plus au pouvoir politique d’une autre nation, comme dans le colonialisme européen traditionnel. Comment combattre un colonisateur fantôme ? La réponse s’impose : la “néo-décolonisation” sera métapolitique et culturelle.

3 – Quand l’Occident à oublié la Grèce

C’est dans La Parole d’Anaximandre, texte exégétique d’un fragment du philosophe présocratique, que Martin Heidegger introduit le concept d’Abend-Land. Il l’oppose à Abendland (Occident) et, dans la traduction de Wolfgang Brockmeir, Abend-Land a été très heureusement rendu par Hespérie et hespérial.

L’Hespérie, c’est, comme l’indique la racine grecque, la terre du couchant. Mais il ne désigne pas l’Ouest, ni les régions occidentales du monde, mais bien plutôt un projet d’organisation du monde qui marquerait le couchant, c’est-à-dire l’accomplissement d’une vue-du-monde aurorale exprimée au VII° siècle avant notre ère par le premier penseur européen.

Heidegger écrit : “Commence l’événement le plus vaste, l’oubli de l’être, celui dans lequel l’Histoire hespériale du monde advient et se décide”. Pour Heidegger, l’homme européen a été tout à tour “grec”, “chrétien”, “moderne”, “planétaire” ou encore “occidental” ou “américain”. Il peut aujourd’hui devenir “hespérial”.

“L’antiquité qui détermine la parole d’Anaximandre, écrit encore Heidegger, appartient au matin de l’aurore de l’Hespérie (…) Si nous persistons si obstinément à penser la pensée des grecs comme les Grecs ont su la penser, ce n’est pas pour l’amour des Grecs; c’est pour retrouver ce Même qui en des guises diverses concerne les Grecs et nous concerne historialement. C’est cela, qui porte l’aurore de la pensée dans le destin de l’hespérial. C’est conformément à ce destin que les Grecs deviennent seulement les Grecs, au sens historial. Le destin attend ce que devient sa semence”.

L’hespérial représente en même temps la fin, le couchant de la tradition métaphysique grecque, et le début virtuel d’un autre cycle qui accomplirait la pensée grecque à un autre niveau, celui de la volonté-de-puissance auto-consciente. L’hespérial est donc à la fois un recommencement, un retour profond à l’aurore, c’est-à-dire à la conception grecque du monde, et une rupture avec l’occidental qui, lui, a oublié la Grèce.

Revenir en Hespérie, pour nous Européens, consisterait alors à accomplir notre volonté-de-puissance en tant qu’Européens, conscients de notre filiation grecque, et non plus en tant qu’Occidentaux oublieux de cette filiation. L’Hespérial, c’est l’Européen qui redevient conscient qu’il est Grec, et qui pour cela rejette l’Occident comme non-grec, en finit avec l’oubli de lui-même, aura “médité le désarroi du destin présent du monde”, et voudra consciemment accomplir la vue-du-monde grecque.

Mars et Héphaïstos: Le retour de l’historie

Guillaume Faye

Permettez-moi une “métaphore archéofuturiste” autour l’éternel symbole de l’arbre, que je comparerai à celui la fusée. Mais avant, évoquons le dur visage du siècle qui s’avance.

Le XXIe siècle sera un siècle de fer et de tempêtes. Il ne ressemblera pas à ces prédictions harmonieuses proférées jusqu’aux années soixante-dix. Il ne sera pas le village global prophétisé par Mac Luhan en 1966, ni la planète en réseau (network planer) de Bill Gates, ni la civilisation mondiale libérale et sans histoire, dirigée par un Etat onusien décrite par Fukuyama. Il sera le siècle des peuples en compétition et des identités ethniques. Et paradoxe, les peuples vainqueurs seront ceux qui resteront fidèles ou qui retourneront aux valeurs et réalités ancestrales, quelles soient biologiques, culturelles, éthiques, sociales, spirituelles et , qui, en même temps, seront maîtres de la technoscience. Le XXIe siècle sera celui où la civilisation européenne, prométhéenne et tragique mais éminemment fragile, opérera une métamorphose ou connaîtra son irrémédiable crépuscule. Ce sera un siècle décisif

En Occident, les XIXe et XXe siècles ont été ceux de la croyance en l’émancipation des lois de la vie, où l’on a cru qu’il était possible de marcher sur la tête après avoir marché sur la lune. Le XXIe siècle remettra probablement les pendules à l’heure et opérera le “retour au réel”, probablement dans la douleur.

Les XIXe et XXe siècles ont vu l’apogée de l’esprit bourgeois, cette petite vérole mentale, photocopie monstrueuse et déformée de la notion d’élite. Le XXIe siècle, temps d’orage, verra le regain conjoint des concepts de peuple et d’aristocratie. Le rêve bourgeois s’effondre dans le pourrissement de ses propres principes et de ses promesses pusillanimes : le bonheur n’est pas au rendez-vous du matérialisme et du consumérisme, du capitalisme transnational triomphant et de l’individualisme. Pas plus que la sécurité, la paix ou la justice sociale.

Cultivons l’optimisme pessimiste de Nietzsche. “Il n’y a plus d’ordre à sauver, il faut en refaire un” écrivait Drieu La Rochelle. Le début du XXIe siècle va mal se passer? Tous les indicateurs sont au rouge? Tant mieux. On nous prédisait la fin de l’histoire après l’effondrement de l’URSS? C’est à son retour tonitruant, belliqueux et archaïque que nous assistons. L’islam reprend ses guerres de conquête. L’impérialisme américain se déchaîne. La Chine et l’Inde s’ambitionnent superpuissances. Etc. Le XXIe siècle sera placé sous le double signe de Mars, le dieu-de-guerre et d’Héphaïstos, le dieu forgeur d’épées, maître des techniques, des feux chtoniens.

VERS LE QUATRIÈME AGE DE LA CIVILISATION EUROPEENNE

La civilisation européenne, civilisation supérieure, il ne faut pas hésiter à l’affirmer face aux chantres mous de l’ethnomasochisme xénophile, devra pour survivre au XXIe siècle opérer une révision déchirante de certains de ses principes. Elle en sera capable si elle reste ancrée dans son éternelle personnalité métarnorphique : se transformer tout en restant elle-même, cultiver l’enracinement et la désinstallation, la fidélité identitaire et l’ambition historique.

Le Premier âge de la civilisation européenne regroupe l’Antiquité et la période médiévale : moment de gestation et de croissance. Le Deuxième âge va des Grandes Découvertes à la Première Guerre mondiale : c’est l’assomption. La civilisation européenne conquiert le monde. Mais comme Rome ou l’Empire d’Alexandre, elle se fait dévorer par ses propres enfants prodigues l’Occident et l’Amérique, et par les peuples qu’elle a elle-même (superficiellement) colonisés. S’ouvre alors, dans un tragique mouvement d’accélération de l’histoire, le Troisième âge de la civilisation européenne après le Traité de Versailles et la fin de la guerre civile de 14-18 : le funeste XXe siècle. Quatre générations suffirent pour précipiter dans le déclin le travail ascendant, le labor solis de plus de quarante générations. L’histoire ressemble aux asymptotes trigonométriques de la “théorie des catastrophe” : c’est au faîte de sa splendeur que la rose fane, c’est après un temps ensoleillé et calme que le cyclone éclate. La roche tarpéienne est près du Capitole!
L’Europe fut victime de son propre prométhéisme tragique, de sa propre ouverture au monde. Victime de cet excès de toute expansion impériale : l’universalisme, oublieuse de toute solidarité ethnique interne globale, victime donc aussi des micro-nationalismes.

Le Quatrième âge de la civilisation européenne s’ouvre aujourd’hui. Il sera celui de la renaissance ou de la perdition. Le XXIe siècle sera pour cette civilisation héritière des peuples
frères indo-européens, le siècle fatidique, celui du fatum du destin qui distribue ou la vie ou la mort. Mais le destin n’est pas le hasard absolu. Contrairement aux religions du désert, les peuples européens savent au fond d’eux-mêmes que le destin et que les divinités ne sont pas toutes-puissantes face à la volonté humaine. Comme Achille, comme Ulysse, l’homme européen des origines se tient debout et non couché, prosterné ou agenouillé face à ses dieux. Il n’y a pas de sens de l’histoire.

Même blessé, l’Arbre peut continuer de croître. A condition qu’il retrouve la fidélité à ses propres racines, à sa propre fondation ancestrale, au sol qui nourrit sa sève.

LA MÉTAPHORE DE L’ARBRE

L’Arbre, ce sont les racines, le tronc, et le feuillage. C’est-à-dire le germen, le soma et la psyché.

1) Ies racines représentent le “germen”, le socle biologique d’un peuple et son territoire, sa terre matricielle. Elles ne nous appartiennent pas, on les transmet. Elles appartiennent au peuple, à l’âme ancestrale et à venir du peuple, que les Grecs appelaient ethnos et les Germains Volk. Elles viennent des ancêtres, elles sont destinées aux nouvelles générations. (C’est pourquoi tout métissage est une appropriation indue d’un bien à transmettre et, derechef, une trahison.) Si le germen disparaît, plus rien n’est possible. On peut couper le tronc de l’arbre, il peut éventuellement repousser. Mais si l’on arrache les racines ou si l’on pollue la terre, c’est terminé. C’est pourquoi les colonisations territoriales et les défigurations ethniques sont infiniment plus graves et mortelles que les asservissements culturels ou politique, dont un peuple peut se remettre.

Les racines, principe dionysiaque, croissent et s’enfoncent dans le sol, en ramifications nouvelles: vitalité démographique et protection territoriale de l’Arbre contre les mauvaises herbes. Les racines, le “germen”, ne sont jamais figées. Elles approfondissent leur essence, comme l’avait vu Heidegger. Les racines sont à la fois “tradition” (ce qui se transmet) et “arché” (source vive, éternel recommencement). Les racines sont donc ensemble manifestation de la mémoire et de l’ancestral les plus profonds et de l’éternelle juvénilité dionysiaque. Cette dernière renvoie au concept capital d’approfondissement.

2) Le tronc, c’est le “sôma”, le corps, l’expression culturelle et psychique du peuple, toujours innovante mais alimentée par la sève venue des racines. Il n’est pas figé, gélifié. Il grossit en strates concentriques tout en s’élevant vers le ciel. Aujourd’hui, ceux qui veulent neutraliser et abolir la culture européenne tentent de la “conserver” en monument du passé, comme dans le formol, pour les érudits “neutres”, ou bien en abolir la mémoire historique pour les jeunes générations. Ils accomplissent un travail de bûcherons meurtriers. Le tronc, sur la terre qui le porte, est, d’âge en âge, croissance et métamorphose. L’Arbre de la longue culture européenne est à la fois enraciné et désinstallé. Un chêne de dix ans ne ressemble pas a un chêne de mille ans. Mais c’est toujours le chêne. Le tronc, celui qui reçoit et affronte la foudre, obéit au principe jupitérien.

3) Le feuillage. C’est le plus fragile et le plus beau. Il meurt, se fane et renaît comme le soleil. Il s’épand dans tous les sens. Le feuillage représente la psyché, c’est-à-dire la civilisation, la production et la profusion des formes nouvelles de créations. Il est la raison d’être de l’Arbre, son assomption. D’ailleurs, à quelle loi obéit la croissance des feuilles? A la photosynthèse. C’est-à-dire à “l’utilisation de la force de la lumière”. Le soleil nourrit la feuille qui, en échange, produit l’oxygène vital. Le feuillage efflorescent suit donc le principe apollinien. Mais attention : s’il croît démesurément et anarchiquement (cas de la civilisation européenne qui a voulu en devenant l’Occident mondial s’étendre à la planète entière), il sera surpris par la tempête, comme une voile mal cardée, et fera abattre et déraciner l’Arbre qui le porte. Le feuillage doit être émondé, discipliné. Si la civilisation européenne veut subsister, elle ne doit pas s’ouvrir à toute la Terre ni pratiquer la stratégie des bras ouverts… comme un feuillage trop curieux qui s’étend de toutes parts ou se laisse étouffer par les lierres. Elle devra se concentrer sur son espace vital, c’est-à-dire l’Eurosibérie. D’où l’importance de l’impératif d’ethnocentrisme, terme politiquement incorrect mais qu’il faut préférer au modèle “ethnopluraliste” et en fait multiethnique que des égarés ou des calculateurs tentent de théoriser en déboussolant l’esprit de résistance de l’élite rebelle de la jeunesse.

On peut comparer la métaphore tripartite de l’Arbre avec celle de la Fusée, extraordinaire invention européenne. Les réacteurs brûlants et les propulseurs correspondent aux racines, au feu chtonien. Le corps cylindrique de l’engin s’apparente au tronc de l’arbre. Et la coiffe, d’où se déploieront les satellites ou les vaisseaux alimentés à l’énergie des panneaux solaires, font penser au feuillage.

Est-ce vraiment un hasard si les cinq grands programmes de fusées spatiales construites par des Européens – même expatriés aux USA, vous voyez de qui l’on parle – se sont respectivement appelés Appolo, Atlas, Mercury, Thor et Ariane? L’Arbre, c’est le peuple. Comme la fusée, il monte vers le ciel, mais il part d’une terre, d’un sol fécond où aucune autre racine parasite ne peut être admise. Sur une base spatiale, on assure une protection parfaite, une netteté totale de l’aire de lancement. De même, le bon jardinier sait que pour que l’arbre croisse en hauteur et en puissance, il faut à la fois libérer son assise des plantes malvenues qui assèchent ses racines, délivrer son tronc de l’étreinte des plantes parasites, mais aussi émonder les branchages trop prolixes qui manquent de verticalité.

DU CREPUSCULE A L’AUBE

Ce siècle sera celui de la renaissance métamorphique de l’Europe, comme le Phénix, ou de sa disparition en tant que civilisation historique et sa transformation en Luna Park cosmopolite et stérile, tandis que les autres peuples, eux, conserveront leurs identités et développeront leur puissance. L’Europe est menacée par deux virus apparentés: celui de l’oubli de soi, du dessèchement intérieur et celui de “l’ouverture à l’autre”, excessive. Au XXIe siècle, l’Europe, pour survivre, devra à la fois se regrouper, revenir à sa mémoire et poursuivre son ambition, faustienne et prométhéenne. Tel est l’impératif de la coincidentia oppositorum, la convergence des contraires, ou la double nécessité de la mémoire et de la volonté de puissance, du recueillement et de la création novatrice, de l’enracinement et de la désinstallation. Heidegger et Nietzsche…

Le début du XXIe siècle sera cette minuit du monde, désespérante, dont parlait Hölderlin. Mais au plus noir de la nuit, on sait qu’au matin, le soleil reviendra, sol invictus. Après le crépuscule des dieux : l’aube des dieux. Nos ennemis ont toujours cru au Grand Soir, et leurs drapeaux s’ornent de symboles d’étoiles nocturnes. Sur nos drapeaux est frappée au contraire l’étoile du Grand matin, aux rayons arborescents : la roue, la fleur du soleil de Midi.

Les grandes civilisations savent passer des ténèbres du déclin à la renaissance : l’Islam et la Chine l’ont montré. Les Etats-Unis ne sont pas une civilisation, mais une société, la matérialisation mondiale de la société bourgeoise, une comète, à la puissance aussi insolente qu’éphémère. Ils n’ont pas de racines. Ce ne sont pas nos véritables concurrents à l’échelle de l’histoire, simplement des parasites.

Le temps de la conquête est terminé. Vient celui de la réappropriation intérieure et extérieure, la reconquête de notre mémoire et de notre espace : et quel espace!
Quatorze fuseaux horaires sur lesquels le soleil ne se couche jamais. De Brest au détroit de Behring, c’est véritablement l’Empire du Soleil et c’est en fait l’espace vital et d’expansion des peuples indo-européens. Sur le flanc sud-est, nous avons nos cousins indiens et sur notre flanc est, la grande civilisation chinoise, qui pourra être à sa guise alliée ou ennemie. Sur le flanc ouest, venue d’au delà de l’Océan: l’Amérique dont l’objectif sera toujours d’empêcher l’union continentale. Mais le pourra-t-elle éternellement ?

Et puis, sur le flanc sud : la menace principale, resurgie du fond des âges, celle avec laquelle on ne peut transiger.

Des bûcherons tentent d’abattre l’Arbre, dont beaucoup de traîtres, de collaborateurs. Défendons notre terre, préservons notre peuple. Le compte à rebours a commencé. Nous avons le temps, mais pour peu de temps encore.

Et puis, même s’ils coupent le tronc ou si la tempête l’abat, il restera les racines, toujours fécondes. Une seule braise suffit à rallumer l’incendie.

Il se peut, évidemment, qu’ils abattent l’Arbre et tronçonnent son cadavre, dans un chant crépusculaire, et qu’anesthésiés, les Européens ne sentent pas la douleur. Mais la terre est féconde et une seule graine suffit à relancer la pousse. Au XXIe siècle, préparons nos enfants à la guerre. Eduquons dans la jeunesse une nouvelle aristocratie, même minoritaire.

Plus que la morale, il faut pratiquer maintenant l’hypermorale, c’est-à-dire l’éthique nietzschéenne des temps difficiles : quand on défend son peuple, c’est-à-dire ses propres enfants, quand on défend l’essentiel, on suit la règle d’Agamemnon et de Léonidas mais aussi de Charles Martel : c’est la loi de l’épée qui prévaut, celle dont le bronze ou l’acier reflète l’éclat du soleil. L’arbre, la fusée, l’épée : trois symboles verticaux qui partent du sol vers la lumière, dressés de la Terre vers le Soleil, animés de sève, de feu et de sang.

La vraie fonction de l’« antiracisme »: nouvelles poussées du droit liberticide en Europe

Guillaume Faye, [J’ai tout compris – Lettre de désintoxication]

Dans son dernier essai, que nous incitons tous nos abonnés à acquérir d’urgence, Le théâtre de Satan, Maître Éric Delcroix a parfaitement analysé la dérive perverse du droit actuel qui consiste à abandonner l’impartialité et l’objectivisme du droit positiviste français au profit d’un retour à une justice subjective et morale, néo-médiévale et floue, soft-totalitaire et régressive, anti-laïque et para-religieuse, qui condamne selon des critères partiaux tous les pécheurs (les Salauds) opposés à « la super idéologie du droit-de-l’hommisme ». Il démontre comment l’arsenal des lois dites « anti-racistes » est une machine de guerre (et un prétexte) contre la liberté d’expression de tous ceux qui, en réalité, s’opposent à la vulgate.

La dernière proposition de loi de l’UMP, votée à l’unanimité le 10 décembre, confirme les analyses de Maître Delcroix et poursuit cette dérive, en renforçant encore l’arsenal « antiraciste », ce qui tend à indiquer que le gouvernement de droite gauchiste Raffarin sera encore plus répressif et liberticide, encore plus immigrationniste et anti-identitaire qu’une gauche qui n’a pas à prouver qu’elle est bien pensante. Cette loi, inspirée par Pierre Lellouche (UMP), aggrave les sanctions contre les délits dits racistes, antisémites et xénophobes.

La nouvelle loi autorisera à doubler les peines prévues en punition d’un délit, si ce dernier est estimé avoir été commis sous l’emprise d’un mobile subjectif raciste ou d’une « intention » xénophobe ou antisémite. Ce mobile et cette intention seront déterminés par le juge. On sort donc définitivement du droit impartial et positiviste de la tradition française pour entrer dans une logique para-religieuse, dans un droit néo-médiéval où la cour décidera si l’accusé est « pécheur » ou non.

Mais il y a pis : par cette nouvelle loi, votée bien entendu à l’unanimité par la gauche et la droite début décembre, un pan du droit républicain égalitaire s’effondre ; et – comble du paradoxe – notre démocratie « antiraciste » rétablit un privilège racial et ethnique, cette fois en faveur des allogènes. Car, pratiquement, compte tenu du fait que le peccamineux racisme n’est imputable qu’aux Européens de souche, la nouvelle loi Lellouche instaure dans les faits une dissymétrie pénale qui nuit aux autochtones. Imaginons une rixe entre un blanc et un noir suivie de blessures réciproques. Le noir risquera, par exemple, un an de prison pour coups et blessures, tandis que le blanc sera assuré d’être condamné, lui, à deux ans, puisqu’il est supposé avoir agi sous l’emprise du racisme.

Les socialistes avaient demandé que soient ajoutées les « motivations homophobes » ; cette fois-ci, ce n’est pas passé, mais ne vous inquiétez pas, cela viendra.

Le juge, nouveau Savonarole anti-hérétiques, sondera les pensées, les idées et les cœurs. Si vous êtes connu pour vos sentiments identitaires ou nationalistes, vous aurez intérêt à ne pas vous retrouver dans un prétoire.

Remarquons que c’est la droite et non la gauche qui pousse le plus loin le bouchon. M. Lellouche (UMP) surpasse M. Fabius. Mais ne sont-ils pas au fond du même parti ?

Ce genre de loi, remarquons-le, est l’expression même de la dictature de la pensée unique : la droite, non seulement s’aligne sur l’idéologie de la gauche, mais s’efforce de la dépasser afin de prouver qu’elle est « morale » et bien pensante et d’exorciser sa mauvaise conscience. Cette loi aura pour effet d’encourager encore l’impunité des actes racistes anti-européens commis par des délinquants allogènes et de paralyser encore un peu plus les réactions de défense des Français de souche, ces derniers de plus en plus culpabilisés dans leur propre pays.

Les Espagnols font encore plus fort et reprennent, presque à la lettre, les termes des législations totalitaires des ci-devant démocraties populaires. L’article 9 de la nouvelle loi sur les partis politiques dispose que « dans leurs activités, les partis politiques devront respecter les principes démocratiques et les valeurs constitutionnelles », faute de quoi ils seront « déclarés illégaux », surtout s’ils visent à « saper ou détruire le régime de libertés ». Au nom de la liberté, on la supprime. C’est à la fois jacobin et orwellien. Parmi ces principes démocratiques à respecter obligatoirement, on trouve évidemment l’antiracisme et son train de marchandises habituel : « promouvoir l’exclusion ou la persécution de personnes en raison de leur idéologie, religion ou croyance, nationalité, race ou orientation sexuelle ». Autrement dit, un parti identitaire qui prônerait l’inversion des flux migratoires, la préférence nationale ou prétendrait combattre l’islamisation ou l’homophilie risque d’être frappé d’interdit !

En Suisse, autre pays tombé sous la chape du néo-totalitarisme soft, le président du parti de la liberté (identitaire), Jürg Scherrer, comparaîtra devant un tribunal pour « violation de la norme pénale anti-raciste ». Son crime ? Il a affirmé que beaucoup de demandeurs d’asile albanais du Kosovo présentaient un passé criminel ! Ce qu’aucun policier suisse n’ignore… Pour le juge d’instruction, ces propos constituent « un dénigrement de la dignité humaine » ! « Dignité humaine » : relevez le flou artistique de cette notion.

On remarquera que ces deux textes législatifs réintroduisent les notions vagues du droit coutumier permettant aux juges, salariés de l’idéologie hégémonique, de condamner ou d’absoudre non des faits précis selon des lois positives, mais des opinions pécheresses, selon des soupçons moraux. L’inquisition revient, méta-religieuse et droit-de-l’hommesque, sous le simulacre d’un « État de Droit », d’une «démocratie» et d’une « République ».

En réalité, il ne s’agit nullement de lutter contre les discriminations et les violences, ni évidemment pour la philanthropie : les inspirateurs de ces lois sont ceux-là mêmes qui cautionnent et excusent – et répriment ad minimum – la criminalité crapuleuse, la corruption explosive des classes dirigeantes, les multiples déviances sexuelles, l’enrichissement frauduleux, le déversoir pornographique, etc.

Pour reprendre les catégories sociologiques lancées par Pareto, Monnerot et Baudrillard, nous dirons

1°) que toute cette dérive édifiante du droit dans la vulgate répressive anti-raciste, anti-« fasciste », etc., est un moyen détourné d’asseoir une idéologie néo-totalitaire d’inspiration à la fois para-trotskiste et capitaliste-mondialiste, anti-identitaire européenne;

2°) que le système s’évertue, par cette législation de type néo-despotique et para-religieuse, à déplacer le champ de la morale et de la censure. Le mécanisme est le suivant : le système se pare (comme Le Geai paré des plumes du Paon de La Fontaine) d’une fausse vertu – la répression des péchés de « fascisme/racisme », appellation biaisée des revendications européennes de défense identitaire -, afin de couvrir, de dissimuler, de légitimer ses vrais vices : la permissivité dans l’exploitation économique des autochtones européens (mondialisation), la légitimation et la banalisation des corruptions, des népotismes, des criminalités sociales, de l’effondrement de la santé des mœurs, etc.

Bref, l’antiracisme est le paravent éthique, la justification par des « élites corrompues » de leur propre dégénérescence morale, de leur cynisme délictueux.

La Liberté contre les libertés concrètes. Un gangster, un violeur, un tueur, un politicien voleur ont des Droits. Ils demeurent dans le champ sacré de la Morale. Un Salaud soupçonné de « racisme » (c’est-à-dire de défense de l’intégrité de son peuple européen) n’en possède plus aucun.

L’antiracisme n’est qu’un prétexte grossier, non seulement pour noyer cette identité ethnique européenne, mais aussi pour détruire toute liberté d’expression, comme du reste les nouvelles lois « anti-terroristes » inspirées des Etats-Unis. D’ailleurs, cet « antiracisme » ne s’exerce que contre les Européens de souche, et non pas contre tous les autres, même racistes anti-européens patentés ; preuve qu’il n’est pas sincère.

Un exemple : en novembre dernier, en Seine-Saint-Denis, un Maghrébin, Abdehramane F., a été condamné pour « coups et blessures et injures racistes », parce qu’il avait sérieusement molesté et blessé l’inspecteur qui venait de le recaler à son permis de conduire. Ce dernier était antillais et avait été traité de « sale nègre ». Or, des faits similaires s’étaient produits contre des inspecteurs français de souche, sans aucune allusion pénale au « racisme ».

La mécanique dite antiraciste est donc, au sens de Baudrillard, de Debord et de Delcroix, un simulacre reposant sur un spectacle médiatique et sur une sidération. Les maîtres du Système créent une pseudo-éthique appuyée sur une propagande médiatique à la fois puissante et finement élaborée (TV, école, lois, etc.) afin de légitimer leur propre immoralisme. C’est le système des Borgia et des staliniens, en plus subtil.

Il faut conclure en remarquant que l’arsenal législatif et médiatique « anti-fasciste » et « anti-raciste» n’est que le perfectionnement pervers et remarquablement efficace des techniques de la tyrannie, dont l’origine est moyen-orientale et orientale. Et cette tyrannie est actuellement au service de la triple alliance des idéologies cosmopolites néo-trotskiste et ultra-capitaliste américanocentrées, mais aussi de l’islam conquérant, selon un objectif parfaitement clair : interdire toute expression d’une révolte et d’une résistance des peuples européens, condamnés à disparaître dans leur identité immémoriale, et qui sont pourtant dans leur bon droit.

Mais il n’est pas écrit que cette entreprise réussisse. Car nul ne sait comment peut réagir la bête traquée…