Analyse de la Guerre contre l’Irak

Guillaume Faye

Cette guerre constitue un viol comique du droit international qui démontre une Amérique aux abois. L’administration Bush (“néo-conservatrice”) entraîne les États-Unis dans un aventurisme qu’ils n’ ont jamais connu dans leur histoire et qui discrédite, par des prétextes grossièrement mensongers à l’attaque unilatérale, la légitimité même de la “superpuissance” à gendarrner le monde. De tels assauts de mauvaise foi et de contradictions ridiculisent l’ administration américaine.

Cette “guerre préventive” contre un petit pays exsangue de 18 millions d’habitants, que l’on attaque parce que l’on sait parfaitement qu’il ne détient pas d’armes de destruction massive, et non parce qu’on sait qu’il en possède, prouve au monde entier non pas la force des USA, mais leur énorme faiblesse et leur déclin.

Mobiliser six porte-avions nucléaires et 200.000 hommes, quémander l’aide des Anglais et des Turcs, pour renverser un régime sous embargo et bombardé depuis dix ans, montre à l’évidence (surtout après le fiasco, reconnu aujourd’hui, de l’opération afghane) que les USA seraient parfaitement incapables de s’ en prendre à une puissance moyenne! Saisi par l’ ubris , le shérif ne sait plus dissuader ni faire peur aux “voyous” (voir les provocations coréennes), mais tirer sur les faibles et les désarmés. La conséquence de cette inconséquence américaine -justifiée par la lutte protestante du Bien contre le Mal, exactement selon une logique islamiste inversée -, c’est que l’ordre international redevient une jungle, dans laquelle les USA, prédateur vieillissant, ne seront pas gagnants. La Chine, elle, compte les points, rit sous cape de voir l’Amérique du pauvre Bush s’enferrer et s’embourber, et attend son heure…

Les buts de la guerre

On a tout dit sur les buts de la guerre des néo-conservateurs: s’approprier le pétrole irakien devant le risque de basculement dans l’islamisme de l’Arabie, réoccuper de fait la Mésopotamie pour protéger Israël et tenir l’Iran en respect (mais certai- nement pas l’ attaquer, ce serait une autre paire de manches) ; s’installer au Moyen-Orient et en Asie centrale pour contourner par le Sud et neutraliser la Russie, et prévenir un axe euro-russe (eurosibérien) ; faire tourner le complexe militaro-industriel qui finance le Parti républicain. On a parlé aussi du contentieux privé (et pétrolier) de la famille Bush avec Saddam Hussein, jadis réarmé par Bush

Père; d’une opération électorale intérieure destinée à rassurer une opinion traumatisée par le Il septembre sur la force invincible de l’ Amérique; du besoin irrépressible de cette nation de “combattre des Satans”. On évoque aussi un désir naïf mais sincère de “démocratiser” le Proche-Orient musulman. C’est l’hypothèse d’Ivan Rioufol (Le Figaro, 07/03/2003) qui se demande « pourquoi la démocratie serait-elle à ce point inaccessible aux musulmans ? » Mais, cher ami, parce que tout dans l’ islam, au premier chef le Coran et les Haddiths, condamne toute démocratie.

Bref, il entre sans doute un peu de tout cela dans les motivations de l’équipe Bush qui cristallise tout ce que, depuis cent ans, la politique extérieure américaine a de plus mauvais, de plus improvisé et irresponsable, de plus naïf et cynique à la fois (rendre la liberté et le bonheur à un peuple que l’ on affame et que l’ on bombarde depuis dix ans…), additionnant tous les défauts américains sans en prendre aucune qualité. Et puis n’oublions pas qu’une puissance en déclin fait la guerre sans trop savoir pourquoi.

Les conséquences de la guerre.

Elles risquent d’être totalement contre-productives pour l’Amérique.

Enumérons: déstabilisation de la région; renforcement du prestige de l’islam et des mouvements terroristes (les USA sont le meilleur imprésario de l’ islam, ayant mené avec lui depuis le début des années 80 un jeu de fou qui a consisté à s’ allier avec l’ islamisme, à s’ en faire détester puis à le combattre et, au total, à le renforcer partout) ; érection de S. Hussein, le socialiste laïc, en héraut du djihad aux yeux des foules arabes; islamisation, et non “démocratisation” de l’Irak ; naissance-surprise d’un début d’axe continental franco-germano-russe contre les Anglo-saxons, ce que les Américains cherchaient à éviter; déchaînement de l’ opinion publique occidentale et musulmane contre l’ “impérialisme américain ” interprété comme le vrai “Mal”. Et enfin, risque certain d’une très grave dépression économique et de crises financières et budgétaires à la suite de cette guerre. Faut-il être pour ou contre cette guerre ?

Il faut surtout raisonner de manière totalement machiavélienne et cynique en ne pensant qu’ à l’ intérêt exclusif des Européens – y compris de nos alliés russes.

Réjouissons-nous tout d’abord de voir l’Amérique s’ enfoncer sans réfléchir dans le marigot aux crocodiles. En utilisant la pensée dialectique de Hegel, souhaitons que cette guerre et la réaction globale d’une naïve Amérique soient, sans le vouloir du tout, les accou- cheuses de l’Histoire: en provoquant, précisément, ce “choc des civilisations” entre l’Islam et nous, cet Islam qui est la bannière d’un tiers monde menaçant. Ainsi, les choses vont se clarifier. L’ubris américaine joue objectivement le jeu d’une
confrontation générale et de désordres accrus qui sont notre seule chance de réveil. Les Américains qui voulaient, après la fin du communisme, présider à la “fin de l’Histoire” de leur “nouvel ordre mondial” (Bush père ), sont en train de provoquer au contraire (Bush fils) le retour de l’Histoire, à leur détriment et à notre bénéfice !

Liée à cette remarque, en voici une autre : n’oublions pas qu’une des raisons qui ont poussé Jacques Chirac à s’ opposer à l’ expédition américaine est son (sincère) philo-arabisme et le souci de ménager les millions d’Arabo-musulmans présents en France, bien plus qu’un anti-américanisme “gaullien” qu’il n’éprouve pas. Il suffisait d’observer la physionomie des manifestations “anti-guerre” en France et la couleur de leurs drapeaux pour comprendre. ..
La position européenne doit être celle de la “Troisième Voie” : résistance à l’adversaire américain comme à l’ennemi beaucoup plus dangereux encore qui est en train de nous occuper physiquement.

Qu’un Arabe, qu’un musulman se mobilisent de manière passionnelle contre cette intervention impérialiste américaine, c’est parfaitement logique ; mais qu’un Européen s’y adonne, c’est une perte de temps et d’énergie. En quoi les Européens ont-ils à défendre les Arabo-musulmans contre l’imperium américain ? Pourquoi ont-ils à défendre la “cause palestinienne” ? En quoi ce combat nous concerne-t-il ?

L’impérialisme américain doit être combattu quand il s’exerce contre l’Europe, et contre elle seulement(!). Nous n’avons aucune “solidarité” envers ce monde arabo-musulman qui ne nous a, depuis le VllIe siècle, fait aucun cadeau. n est normal, pour un « bon Européen » (terme célèbre de Nietzsche) de chercher à mettre systématiquement des bâtons dans les roues de l’impérialisme américain, et notamment parce qu’ils tentent inlassablement – ce qui relève de leur intérêt naturel – de nous mener une impitoyable guerre économique et industrielle et de nous vassaliser politiquement. Mais l’essentiel n’est pas là. L’important ne doit pas faire oublier le vital. Et le vital, c’est notre propre survie concrète d’Européens.

Désigner l’ Amérique comme ennemi principal est trop facile, trop commode. C’est un réflexe d’intellectuel qui refuse de voir l’invasion concrète de I’Europe par les mosquées. Et par les ventres. La puissance américaine est factice et provisoire, bien moins dangereuse que le bulldozer ethnique et religieux du tiers monde et de l’islam. Surestimer l’Amérique, qui, en plus, est en train de perdre la face dans cette crise, c’est lui rendre service. La guerre de Bush, il faut, comme les Chinois, l’observer avec cynisme et sans passion.

Enfin, en Europe, les USA connaissent trois défaites : par leur insolence maladroite, leur mépris de l’ONU, ils se sont mis à dos les opinions européennes et ont donc fait progresser l’anti-américanisme malgré leurs efforts pour acheter les gouvernements des pays de l’Est et du Sud du Continent; deuxièmement, en considérant le gouvernement britannique comme un vassal au garde-à-vous, ils se sont aliénés à terme la solidarité de la Grande-Bretagn; troisièmement, les USA auront réussi, dans cette crise, à faire esquisser un axe Paris-BruxeUes-Berlin-Moscou-(Pékin), le cauchemar qu’ils redoutaient très exactement. Merci, Mister Bush, pour votre bêtise de cow-boy.

Les leçons de Machiavel sont éternelles. La détermination, comme les choix politiques et idéologiques, excluent toute passion, mais nécessitent selon le mot de l’auteur précité « une raison de glace ».

La position spéciale des nationalistes américains

Complétons cette réflexion par quelques remarques d’analystes américains. Dans sa revue The American Conservative, le nationaliste Patrick Buchanan, écrit (Janvier 2003) : « l’armée américaine déployée à Bagdad provoquerait automatiquement un appel au djihad du Maroc jusqu’à la Malaisie ». Il prédit une guerre de religion et de civilisation étendue au monde entier. Il
attaque les néo-conservateurs américains qui font de l’impérialisme anti-irakien au petit pied pour faire mieux passer leur immigrationnisme aux USA même : « le mouvement conservateur a été kidnappé, perverti, au point de devenir une idéologie globaliste et interventionniste, favorable à une ouverture des frontières et à une immigration illimitée ». C’est l’opinion, dans le même numéro, d’Eric Margolis qui parle d’ « esprit de piraterie » de ce nouvel impérialisme américain qui ignore les problèmes intérieurs des Américains blancs de souche.

Grande figure de l’armée américaine, le colonel David Hackworth, sur son site internet hackworth.com.USA, défend l’idée que l’administration US actuelle se comporte comme une « mafia », animée de fausse morale et d’intérêts financiers sordides. Dans The Washington Times (02/02/2003), Paul Craig Roberts estime que la politique belliciste de Bush va démultiplier le
terrorisme islamique en Occident et non pas le contenir.

Bref, au delà d’un néo-pacifisme style Vietnam (tout Hollywood est anti-Bush), certaines personnes aux USA estiment que Bush ferait mieux de contrôler les communautés arabo-musulmanes qui pullulent au Michigan (déjà un million de personnes !) et de stopper l’immigration en provenance du Mexique. Ce courant d’idées américain, à la fois indifférent voire hostile aux lobbies sionistes et très hostile à l’islam, prône implicitement une « alliance de l’ensemble de la race blanche sur la planète », dépassant le concept même d”‘Occident”. Je ne porte aucun jugement sur ces opinions américaines, mais vous informe de leur existence…